Courir après le temps

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J'écris moins souvent en ce moment, et ce n'est pas faute de sujets qui m'inspirent... Ce n'est pas non plus que j'aille moins bien et ne sois pas suffisamment en forme... Simplement, ces derniers jours, je suis devenue comme le lapin blanc : je cours partout, les yeux rivés à ma montre.

Tant et si bien que je me dis qu'on peut risquer le fameux "burn-out" dans tous les domaines : non seulement professionnel ou parental, mais aussi... quand on est en traitement suite à un cancer.

J'ai passé plusieurs heures à Saint-Luc ces trois derniers jours, parfois simplement assise dans une salle d'attente, parfois passant d'un couloir/étage à un autre, du vestiaire de sport aux bureaux de l'Espace Bien-être, du Centre de Traitement Ambulatoire à la consultation de radiothérapie...

Rentrée chez moi, il y a les courses, le ménage, le courrier, les repas, les soins. Dehors, il y a les gens qu'on rencontre et avec lesquels on veut prendre un moment pour un peu parler, la pluie, les visites fréquentes à la pharmacie...

Je passe du temps chez mes parents aussi, qui m'aident toujours autant. J'essaie enfin, puisque j'en ai besoin et que ça fait partie de ce qui aide mon corps à rester en forme, de me reposer de temps en temps, avec un livre ou devant un documentaire. Et je dors dix heures par nuit environ.

Voilà trois mois et demi que toute ma vie tourne autour de ma thérapie, de ce qu'il faut faire pour la rendre plus efficace, en diminuer les effets secondaires, ne pas me laisser entamer le moral, etc. Tout est teinté par ça : je m'habille en fonction (PICC-line accessible, corps auscultable, turban assorti, tenue de sport...), organise mes journées sur base des horaires imposés, et même quand je tente de me distraire, c'est toujours par rapport à ça.

Comme quand je travaillais et que j'ai fait un burn-out (au printemps 2018), je retrouve les mêmes mécanismes à l'oeuvre : je veux en faire un maximum, accomplir tout ce que j'estime qu'on peut attendre de moi, ne pas manquer d'occasions, ne renoncer à rien de ce qui m'intéresse. Puis surtout, être ponctuelle !

Et ce serait dommage que l'expérience de l'an passé ne m'ait rien appris. Je sais maintenant qu'il me faut refuser des invitations, reporter au lendemain ce qui peut l'être, ne pas vouloir répondre à chaque mail.. Et tout ça, sans me sentir tenue de me justifier, sans regrets ni culpabilité.

Or, cette attitude salutaire est tellement éloignée de ma façon de vivre habituelle, de mes réflexes, que j'ai vraiment du mal à l'adopter et à m'y tenir. C'est mon corps qui me rappelle à l'ordre, ainsi qu'une forme de malaise diffus... Je perçois bien maintenant le stress que je me donne à courir après le temps et à vouloir faire tout ce qui m'est suggéré ou recommandé par mes soignants, mes "cansoeurs", mes amis, tout le monde croyant bien faire... et moi n'osant pas dire que tout cela m'épuise et n'est pas tenable, à la longue...

Il est donc temps de prendre le temps... et surtout de véritablement me l'autoriser, intérieurement. C'est un changement profond, radical, difficile à intégrer... mais c'est vital. Et comme je l'écrivais dans mon dernier billet, je gagnerais beaucoup de sérénité à cesser de m'éparpiller mentalement.

On vit dans un monde qui nous rend tellement d'expériences accessibles... Mais les planètes tournent toujours à la même vitesse et les journées, jusqu'à nouvel ordre, durent 24 heures. Donc choisir et renoncer s'imposent. Impossible de tout faire, de tout voir, de tout savoir. Quel deuil terrible (pour moi en tout cas) !

Je m'en vais méditer tout ça dans un bain avec quelques huiles essentielles... et je reprends la plume bientôt, car ça, c'est une certitude : écrire m'a toujours aidée à me sentir mieux, à voir plus clair, à avancer,  retrouver l'équilibre... A guérir et à vivre. Et j'ai encore plein de choses à vous raconter.

PS : Sur la photo, le lapin blanc est en réalité un lièvre arctique... Une sorte d'hybride, assez intéressant, entre le lapin blanc d'Alice au pays des merveilles (Lewis Carroll) et le lièvre de Vatanen (Arto Paasilinna).

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