Reconnaître le problème

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Ces derniers temps, lorsque mes amis se confient à moi, il y a souvent un moment où ils s'interrompent pour s'excuser de me raconter ainsi leurs tracas ou leur profond mal-être. "Evidemment, ce n'est rien à côté de ce que tu vis, toi tu as eu un cancer..." sous-entend quelque chose comme : "j'ai honte de te parler de mes problèmes alors que tu en as un que j'estime bien plus important".

Pour l'amour du ciel, cessons de hiérarchiser, comparer, juger... Ce qui est important pour vous est important pour vous, point. Et très honnêtement... ce voyage sous le Tropique du Cancer n'est pas la pire chose que j'ai connue dans ma vie. Mes difficultés pour m'intégrer à l'école, quand j'étais adolescente, la douleur que j'ai ressentie quand mon premier petit-ami m'a trompée, voilà des choses dont j'ai souffert bien davantage, en réalité. Ça vous étonne ?

Quand j'ai appris que j'avais un cancer, ma gynécologue a fait le nécessaire pour que je sois prise en charge dans la clinique de mon choix. J'ai eu peur, évidemment, mais j'ai pu en parler avec mon psy de l'époque (que je voyais suite à mon burn-out). Très vite, je me suis sentie enveloppée dans un cocon, guidée, soutenue : je savais ce que je devais faire et tout le monde, à de très rares exceptions près, se montrait compréhensif, prévenant, compatissant.

Alors vraiment, si en ce moment, les choses ne se passent pas bien avec votre (ex-)conjoint, si vous ne trouvez plus de sens dans votre travail ou avez trop à faire, avec l'impression du coup de tout bâcler et l'épuisement qui va avec, ou encore si vous avez des soucis financiers... Bien évidemment que ce sont de vrais problèmes. Même si ça ne se voit pas sur un scanner ou par IRM. Et la pire des choses, c'est de se sentir seul face à ce qu'on vit.

Il est très important de reconnaître la souffrance quand elle est là, car c'est ce constat qui permet, comme le diagnostic quand on a un cancer, de dire : stop, on arrête tout, c'est grave, là, il faut mettre quelque chose en place pour sortir de cette situation. Il ne faut surtout pas minimiser, prendre sur soi, survivre plutôt que de vivre... en attendant le cancer ou la maladie qui rendra votre souffrance concrète et indéniable - si pas à vos yeux, au moins à ceux des autres.

Il y a des solutions, des solidarités existent ; mais il faut d'abord cesser de minimiser le problème et croire qu'on peut/doit le gérer tout seul.

C'est bien dommage s'il faut un véritable symptôme physique, grave, pour légitimer le fait qu'on ait besoin d'aide, ou ne fut-ce que d'une oreille attentive, de soins, de temps pour soi, de silence, des prières d'une communauté ou que sais-je d'autre encore.

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