Irréel

Copyright Photo : Johannes Plenio

L'autre jour, j'échangeais sur un coin de trottoir avec Annick, qui dix ans plus tôt luttait elle aussi contre un cancer du sein...
Elle me parlait de ce sentiment d'irréalité, et elle était la première à le faire. Elle a mis le doigt sur quelque chose. Oui, cette sensation que tout ça n'est pas vraiment en train de m'arriver.

Quelque part, je n'ai toujours pas intégré le fait que j'ai eu un cancer. Pendant des mois, j'ai senti cette petite boule grossir dans mon sein. Une première biopsie m'avait rassurée quant à sa nature bénigne, et cependant je me disais : c'est peut-être une tumeur...

Un an plus tard, lorsqu'une deuxième biopsie révèle qu'un crabe se cachait bien là, tout va très vite. Et c'est comme si je vivais l'histoire de quelqu'un d'autre. Le cancer, je connais, mais de l'extérieur. Penser que moi, je vais vraiment traverser ça... Que c'est en train d'arriver...

Les statistiques sont affolantes. Rien que pour le cancer du sein (qui est le plus courant côté féminin, c'est vrai), c'est une femme sur huit qui sera touchée au cours de sa vie. On se met à regarder autour de soi autrement.

Mais je continue à ne pas me rendre compte. À voir ma tête déplumée dans le miroir sans la reconnaître. À écrire des articles pour ce blog comme si je vous partageais mes vacances.

Quelqu'un d'autre disait : "Vous montez dans le train, vous n'avez pas le temps de réfléchir". Le diagnostic est un choc. Les médecins ne tergiversent pas. Il faut y aller, embarquement immédiat.

J'ai pris mon ticket, destination guérison, et depuis, les paysages défilent... Je ne reconnais pas mon reflet dans la fenêtre. Je me laisse porter. J'oublie de faire des photos. J'ai perdu la notion du temps. C'est un été pas comme les autres.

Sans doute que cette distance, ce décalage, me protège. Qu'il me faudra longtemps pour intégrer cette expérience-là parmi les autres qui constituent ma vie. Le temps du traitement est une parenthèse dans mon existence, une aventure qui me dépasse, qui à la fois m'isole et me relie.

Je suis en transit, entre deux lieux... L'avant et l'après.

Et ce soir, petite pensée particulière pour Maïa, qui sera opérée demain... Soeur d’infortune, je pense à toi bien fort !

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