Route 66
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En route pour ma troisième cure de vodka-grenadine !
Pour aider les patients à s'y retrouver dans le dédale de ses couloirs, Saint-Luc a opté pour un système de "routes". En suivant les panneaux, si vous connaissez le numéro de votre route, c'est assez facile de se repérer. Après quelques mois de fréquentation, je connais par coeur "mes" routes. 383 pour les infirmières de coordination, 387 pour les consultations avec l'oncologue, 401 pour les consultations avec la gynécologue, 416 pour les prises de sang, 361 pour la médecine interne, 323 pour la salle de sport, et 42 pour la chimiothérapie.
Certains le savent, je suis une américanophile. Les USA sont une terre de contrastes et de contradictions, tout ne s'y défend pas. L'Amérique du Nord a connu Henry David Thoreau, Abraham Lincoln, Martin Luther King, Rosa Parks, mais aussi d'autres dont je n'ai même pas envie de citer le nom... Ce continent a vu couler beaucoup de sang, comme tous les autres d'ailleurs - et trop de pétrole aussi.
Seulement ce n'est pas ça... Bien au-delà des questions géopolitiques, j'aime l'Amérique pour sa faune et sa flore, ses paysages, des champs de coton aux plages californiennes, des Appalaches au parc de Yellowstone, des grandes plaines de l'Ouest aux bayous de la Louisiane, des lacs du New Hampshire aux canyons du Colorado... Elle est riche de décors fabuleux, d'ambiances, d'histoires...
Je n'y suis jamais allée, autrement que par le biais des mots et de la musique, ou bien de films (fictions, documentaires...). Et je n'ai pas vraiment envie de m'y rendre ! J'aime que ses paysages et leur bande sonore continuent à me faire rêver, en dépit de tout...
De Autant en emporte le vent (Margaret Mitchell) à La couleur des sentiments (Kathryn Stockett), de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur (Harper Lee) à La tache (Philip Roth), des Raisins de la colère (John Steinbeck) à A l'orée du verger (Tracy Chevalier), de Americanah (Chimamanda Ngozi Adichie) à Underground Railroad (Colson Whitehead), de Intérieur nuit (Marisha Pessl) aux Sables de l'Amargosa (Claire Vaye Watkins), de Extrêmement fort et incroyablement près (Jonathan Safran Foer) à Tout ce que j'aimais (Siri Hustvedt) sans oublier John Irving, Jonathan Franzen, Ron Rash et bien d'autres encore... j'adore les auteurs et les romans américains !
Et puis il y a la musique, mais ça, je vous en parlerai une autre fois ! (Cet article est déjà bien assez long, comme cette route légendaire et cabossée qui parcourt les Etats-Unis d'Est en Ouest).
À la fin de mon traitement, je pourrai sans doute dire que j'ai fait la route 42, que ça m'a pris des mois, que c'était fatigant, mais que c'était une expérience marquante, qui a changé mon regard sur les choses. Celle-là ou la mythique Road 66, quelle différence ?
Car tous les chemins mènent, non pas à Rome, mais à cette force de vie et d'amour qui nous habite. C'est là que se situe le divin (pour ceux qui y croient), or pour y accéder, il faut parcourir la route, jusqu'au bout, faire ce voyage symbolique, et oser les rencontres - qu'elles soient physiques, ou qu'elles aient lieu par le biais de le la littérature, de la musique, de la nature... L'important c'est d'être touché, de vibrer, d'être vivant.

Pour moi c'est le 404 puis le 402, tous les mois, avec mon papa de 90 ans pour une piqûre dans les yeux pour sa DMLA. Moi, je n'ai encore rien, touchons du bois...
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