Une autre profondeur
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| Copyright Photo : Reto Gerber |
Ce matin, je me rends à la pharmacie - où l'on commence à bien me connaître ! - et la pharmacienne, passée elle aussi par un cancer du sein, me demande où j'en suis dans mes traitements, comment je vais... Elle me félicite de garder un si bon moral, de soigner mon apparence avec turbans et boucles d'oreilles assorties, et là, la dame qui attend son tour juste à côté, bien qu'elle ne me connaisse pas, se met à me complimenter également...
Je sors de la pharmacie, vais faire quelques courses, et croise à nouveau cette inconnue, qui vient alors vers moi, pose une main sur mon bras et me confie : "je voulais encore vous dire une gentillesse, ça m'a fait plaisir de vous voir comme ça".
Si j'ai le moral, si j'ai la foi, ce n'est pas uniquement une disposition d'esprit... C'est aussi parce que je me sens tellement bien soutenue et entourée, et que je rencontre de belles personnes depuis le début de mes thérapies.
Je me remets en route, pour rentrer chez moi, et là je croise une voisine, avec qui je n'avais jamais eu de contact... avant qu'on ne se retrouve ensemble lors d'une séance de sport à Saint-Luc, où nous avons commencé à échanger. Elle aussi prend de mes nouvelles. On sait de quoi on parle, on se comprend, c'est chouette et ça me donne du punch (à propos de cocktail, n'est-ce pas...).
Je la quitte à peine que je tombe sur un autre voisin, un médecin retraité, veuf, qui vit dans le même immeuble que moi et qui revient de l'église. Apprenant mon état de santé, il m'assure de ses prières et tout en marchant doucement jusque chez nous, on bavarde aussi.
Quoique bavarder ne soit pas le bon terme. Comme il le formule très bien, lui qui a connu la douleur de perdre son épouse dans un accident, moi qui traverse l'épreuve du cancer, quand on rencontre quelqu'un qui nous comprend, qui a vécu quelque chose de similaire, on passe directement à une autre profondeur...
En 500 mètres à peine, ce matin, j'ai fait quatre belles rencontres qui m'ont apporté beaucoup. Hier, c'était une ancienne collègue croisée par hasard dans les couloirs de la clinique. Derrière l'épreuve, il y a la grâce, pour ceux qui arrivent à la voir. De vrais partages de coeur à coeur, des liens qui se nouent dans la sollicitude et la pudeur.
La fatigue, les maux de tête, les inconforts de la maladie, je les oublierai, une fois passés. Mais cette solidarité, cette profondeur, cette humanité, cette ouverture dont témoignent toutes ces personnes, j'espère m'en souvenir longtemps encore, et pouvoir les transmettre à d'autres. C'est une force inestimable.

C'est super vrai ce que tu dis. Je n'ai pas vécu le cancer personnellement quoique je l'aie côtoyé de très près dans mon entourage et lors de ma fracture comminutive du pilon tibial ( voilà, c'est dit ! ) en 2008, j'ai rencontré en milieu hospitalier et ailleurs des personnes formidables et certaines sont même devenues des ami(e )s et aussi des collaborateurs, professionnellement parlant. Je n'oublierai jamais ce que j'ai pu vivre et à quel point j'ai eu la chance de rencontrer des personnes formidables dans mon "malheur".
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