À contre-saison

Copyright Photo : Ilona Ilyés

Si mes voisins m'entendent, ils doivent se demander ce qui se passe... De temps en temps je me mets à jurer comme un charretier, ce qui, on est d'accord, n'est pas trop mon genre... Mais chaque fois que je me cogne le pouce, l'index, que je vise mal pour prendre en main une poignée de porte ou ouvrir le robinet ou tirer la chasse ou ce genre de petites manipulations ultra fréquentes... Eh bien, ça me fait mal puissance dix, puissance mille, je tiens mon doigt comme si je l'avais coincé sous un bloc de plomb et... je jure un bon coup.

Bon voilà, ça soulage. Car ce week-end c'est dur, dur...

J'ai les ongles en cristal, les jambes en coton, la langue en sucre, les pieds en sable. Je me sens toute bizarre, courbaturée, frileuse, très fatiguée, et d'ailleurs j'ai surtout beaucoup dormi depuis mon dernier billet.

Hier soir, je voulais retrouver mes amis de la chorale, mais j'ai vite compris que ça n'allait pas le faire. La mort dans l'âme, j'ai dû y renoncer, et j'ai fort peur que le gin dans mon cocktail du jeudi me gâche encore les prochains samedis soirs. Mauvais timing. Ça va mieux durant la semaine.

Après deux mois et demi de chimiothérapie, je suis encore toujours surprise, de me sentir si bien certains jours, et si mal à d'autres moments. J'ai de plus en plus hâte de retrouver ma pleine énergie, un taux de fatigue prévisible, des sensations et une sensibilité normales... Je pense beaucoup à "l'après". Ça m'aide, car au moins je sais que tout ça va se terminer, que je vais récupérer.

C'est comme attendre la fin de l'hiver, le dégel, les premiers perce-neiges... Je sais que ça arrivera un jour, que rien n'est perdu, que tout ça est temporaire, comme une mauvaise saison à laisser passer. Mais c'est bizarre, parce qu'il fait beau ce dimanche et c'est encore l'été... Je pense d'ailleurs que je vais me dépêcher de profiter du soleil tant qu'il est encore là ! Même si je dois me traîner comme une limace...

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