Ambivalence
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| Copyright Photo : Holger Detje |
Alors que dans quelques semaines, j'en aurai fini avec la chimiothérapie, il est l'heure de rendre à César ce qui appartient à César.
Si c'est un traitement relativement lourd et long, avec des effets secondaires assez spectaculaires comme la perte des cheveux, il faut quand même se rappeler que la chimiothérapie est, comme son nom l'indique, une thérapie.
La maladie, c'est le cancer. Même s'il est survenu, pour ma part, à un endroit où ça ne fait pas mal, où ça ne gêne pas les fonctions vitales, où on le voyait à peine, c'est lui qu'il faut éradiquer, c'est lui le plus grand danger pour mes cellules.
Et cependant c'est la chimio qui m'a fait souffrir, qui a eu des effets visibles, et donc assez logiquement, c'est ma thérapie que je voudrais voir se terminer et dont je voudrais récupérer (la maladie étant a priori déjà guérie... sauf qu'il suffit d'une micro-souche cachée quelque part pour qu'elle reprenne, un jour... d'où la chimio qui est en quelque sorte un passage au Karcher).
C'est toujours un peu perturbant quand le remède est plus dur à supporter que le mal.
Difficile parfois de me rendre compte que, étant donné les circonstances, la cocktailothérapie est mon amie, mon alliée, un mal pour un bien. Ça reste quand même toxique. On détruit pour mieux reconstruire. Même chose pour les rayons.
Le mieux, évidemment, à la base, c'est d'éviter que le crabe s'installe. Une fois que l'ennemi a pénétré le territoire, c'est forcément la guerre. Chimique, biologique. Il y a forcément des pertes, des effets collatéraux...
Et il y a aussi de curieux avantages... Un peu comme des lots de compensation dont vous ne savez trop que faire, qui paraissent un peu dérisoires vu la situation. Par exemple, de tout l'été, j'ai eu les jambes parfaitement épilées, sans rien avoir à faire pour entretenir ça.
Il y a aussi des côtés pratiques au fait de ne pas avoir de cheveux. Au risque de choquer très fort Nabila (cliquez si vous ne connaissez pas la petite histoire...), oui, je suis une fille et je n'ai pas de shampoing. What ?!? Je ne me lave pas la tête ? ... Si, mais... "à l'eau, quoi". Car en plus, je suis une fille et je n'ai pas de cheveux... Eh oui, Nabila, désolée.
Bref donc, pas besoin de coiffeur, ni de shampoing, ni de séchage, pas de pellicules, ni de cheveux gras, ni de pointes qui fourchent... Pas besoin de se demander si c'est mieux avec la frange ou sans, attachés ou pas. Teinture, balayage, mèches ? Rien du tout. Les cheveux, pour le moment, je m'en brosse !
La sagesse populaire dit qu'on veut toujours ce qu'on n'a pas. Et c'est vrai : les inconvénients d'une situation sont vite oubliés dès qu'on en sort. Et on n'arrive pas très bien à profiter des avantages d'un traitement qui semble comporter surtout des inconvénients. D'autant plus quand on est déjà en rémission et que la menace, du coup, ne paraît pas bien réelle et ne semble pas justifier une telle artillerie.
En fait, si. Car comme beaucoup le disent, il ne s'agit pas de se battre contre le cancer... mais de guérir pour la vie. Et donc les moyens sont à la mesure de la valeur qu'on accorde à la vie : énormes.

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