La peur de décevoir
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| Copyright Photo : Pezibear |
Voilà une chose avec laquelle j'ai grandi, et qui peut-être a grandi avec moi... La peur de ne pas être assez. J'ai toujours eu honte de ne pas aller jusqu'au bout d'une chose entamée. C'est important pour moi, quand je m'engage, de tenir parole.
Alors que faire quand les circonstances changent ? Quand finalement, ce ne sera pas possible ?
Pendant des mois, j'ai gardé pour moi le diagnostic que j'avais reçu. Je me suis dit que je continuerais comme si de rien n'était. J'ai tellement horreur de me désengager, de revenir sur ce que j'ai avancé, d'être absente, malade... ou de devoir reconnaître que j'ai été trop ambitieuse et que j'ai présumé de mes forces.
Pour tout cela, le cancer aura été une belle occasion d'apprendre... et de découvrir que je ne déçois pas. Que, comme la plupart des peurs (peur d'échouer, peur de la différence, peur d'aimer...), celle-là non plus n'a pas de raison d'être.
J'espérais pouvoir éviter la chimiothérapie, ne pas manquer le travail, continuer toutes mes activités, épargner à mes proches la peine et le sentiment d'impuissance. Davantage encore que la peur du traitement en lui-même et de ses effets sur mon corps, ou que la peur de la maladie, j'ai surtout connu la peur à l'idée de devoir l'annoncer.
Je me suis souvent rongée les sangs, inutilement, à cause de cette peur. Nous ne sommes pas des robots, des machines, cela peut arriver d'être en retard, de se tromper, de devoir annuler un rendez-vous. Ce n'est pas la fin du monde. Il y a souvent une solution, une occasion de se rattraper.
C'est même parfois au bénéfice de quelqu'un. Par exemple, en étant absent du travail pour une longue durée, vous donnez l'occasion à quelqu'un d'occuper votre poste pendant un temps, et pour cette personne, c'est une expérience professionnelle de plus, parfois même une porte d'entrée dans votre entreprise.
Tout doucement, j'apprends à dédramatiser. Le léger désappointement que notre absence peut causer, ou le petit désagrément engendré par un report de date, un retard à un rendez-vous, ne tue ni même ne blesse personne. Les raisons pour lesquelles on apprécie quelqu'un ne tiennent évidemment pas au fait que cette personne ne soit jamais distraite, jamais malade, jamais défaillante, jamais prise en défaut.
Tenir ses engagements est important - pour garder une relation de confiance - mais il y a des empêchements, parfois, tout le monde le sait, et c'est parfaitement recevable. Et il n'y a pas que le cancer ou la chimiothérapie qui sont des excuses valables. Il y en a plein. Tout est question de priorités et de valeurs.

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