Corps et esprit

Copyright Photo : Gerhard Gellinger

C'est comme dans un couple. Chacun réagit différemment face à l'épreuve. Mon corps et mon esprit ont vécu cette histoire ensemble, côte à côte, mais chacun avec ses moyens. Ils n'ont pas été atteints de la même façon.

Mon corps voudrait qu'on se repose un petit peu, tandis que mon esprit voudrait rester éveillé toute la nuit. Il aimerait faire des folies, des écarts, pour fêter ça et prendre sa revanche après les contraintes imposées par la maladie. Mais mon corps ne le suit pas et le rappelle à la raison.

On se dispute un peu face au miroir de la salle de bain. Mon corps a du mal, il a changé, il a besoin de soins. Il n'est pas encore remis, ça prend du temps. Glabre, pâle, avec ses deux cicatrices encore neuves, il est un peu déçu, un peu en colère...

Contre qui, contre quoi ? Difficile à dire. Pas contre lui-même, puisqu'il peut être fier d'avoir rassemblé toutes ses forces pour vaincre la maladie et supporter le traitement. Pas non plus contre la chimiothérapie, qui l'a aidé à se protéger. Pas même contre le cancer, puisqu'il n'est plus là, qu'il ne l'a pas tué et que, comme l'écrivait Nietzsche, ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts.

Alors c'est peut-être bien à mon esprit qu'il s'en prend, mon esprit d'un optimisme crasse, indécrottable, parfois jusqu'au déni. Mon esprit qui s'entête à ne voir que la face ensoleillée des montagnes, sans s'inquiéter d'arriver à les franchir. Mon esprit de battante, de guerrière, qui a du mal a accepter tout ce qu'il perçoit comme de la faiblesse.

Et donc je ne suis pas toujours d'accord, en dedans, il y a des débats, pour trouver une position d'équilibre, qui contente les deux parties, le corps et l'esprit. Il faut pouvoir entendre l'un et l'autre. Se parler. Se réconcilier.

Ça ne va pas sans larmes, sans prises de conscience, parfois douloureuses, parfois soulageantes, simplement. Mais on avance. Ensemble, puisque rien ne peut nous séparer, sauf la mort sans doute. Un peu parce qu'il le faut bien donc, mais aussi parce qu'on le veut, parce que tout ça nous grandit et nous rend plus solides, au bout du compte.

Et puis parce que c'est une histoire d'amour, entre nous.

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