Ombre ou lumière

Copyright Photo : Judith Scharnowski

Je reviens de ma séance de rayons, après une pause de quatre jours... Normalement, c'est une séance par jour (sauf le week-end), mais il y a eu un changement de système informatique, et donc indisponibilité des machines et des équipes vendredi dernier, ainsi qu'hier. J'ai ainsi eu droit à un "long week-end", chose exceptionnelle en radiothérapie.

En cette période où l'on parle évidemment beaucoup de Star Wars, j'ai bien envie de vous décrire ce que je ressens juste après les rayons comme un "coup de massue-laser". Cette machine ne me touche pas et pourtant, quand j'en descends, c'est comme si elle m'avait mise KO. Ses rayons invisibles absorbent mon énergie...

Mais bon, elles font ça pour mon bien, pour mettre en déroute les éventuelles cellules cancéreuses dont la carapace de crabuscule* est bien moins solide que la mienne. Moi je fatigue, mais elles, espérons-le, sont purement et simplement cramées, et découragées de revenir.

Après, ça me fait une bonne excuse pour rentrer chez moi, me blottir sous une couverture et regarder des séries, des films ou des documentaires animaliers, le tout avec une bonne tasse de thé et du chocolat noir... Ou de raconter ma vie sur ce blog.

Hier, je discutais avant le cours de fitness avec une "cansoeur", dont j'essayais de remonter le moral... Elle était bien morose, et me disait que désormais, elle considérait le risque de récidive comme une épée de Damoclès (après le sabre-laser... je ne sais pas ce que j'ai à parler d'armes ce soir...). Certes, après avoir eu un cancer, le risque d'en avoir un deuxième (ou que le premier resurgisse) est un peu plus élevé... mais les médecins font tout pour le réduire, justement.

Et puis, cette vulnérabilité face au cancer, dans l'absolu, elle existe pour tout le monde. Les probabilités sont grandes aussi d'attraper autre chose, ou de mourir accidentellement, ou que sais-je... Au lieu de jeter une ombre sur l'avenir, cette réalité peut plutôt illuminer chaque instant, et inciter à profiter davantage, aller plus à l'essentiel, laisser tomber les faux-semblants.

Personnellement, j'aime que cela me rappelle de remplir ma vie de bons moments, d'échanges intéressants, plutôt que de biens matériels par exemple ; de ne pas rester sur des malentendus, des rancoeurs inutiles ; de trouver ce qui me fait vibrer et de le faire dès maintenant ; d'offrir tout ce que j'ai...

Il y a tellement de choses auxquelles nous perdons notre temps ! Je ne parle pas des moments de repos, de divertissement ou de détente, qui ont leur place dans nos existences. Mais de tous ces moments où l'on hésite, où l'on remet à plus tard, où l'on a peur, où l'on se fait des films, où on laisse se prolonger une situation qui pourtant ne nous convient plus, où notre petit ego s'inquiète.

C'est comme si on n'était pas pressés d'être heureux. Pourquoi donc ? Etre heureux ne fait de tort à personne ! Plutôt qu'une épée de Damoclès, le risque de récidive est pour moi comme un rappel que tout le temps où je me gâcherai inutilement la vie est du temps perdu. Alors, courte ou longue, le principal est d'aimer la vie qu'on a.

* Non, ne cherchez pas au dictionnaire, je viens de l'inventer... Un mot-valise pour crabe minuscule.

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