En douceur...

Copyright Photo : Heiko Stein

Hier, je suis passée voir mes collègues. Il me tarde de reprendre le travail, la vie normale, celle que je n'ai plus depuis la chimio. Dans mon esprit, le retour au travail symbolise la guérison, la fin de ce voyage sous le Tropique du Cancer.

Quelque part, tout au fond de moi, je me suis juré que la baisse de régime imposée par la maladie ne durerait pas, que je retrouverais très vite mon endurance, après les traitements. Comme une façon de dire au cancer : tu ne m'as pas eue ! Même pas mal ! Regarde, je me relève déjà, plus forte qu'avant...

Mais je suis obligée de constater que je n'ai pas encore récupéré mes forces, et que ça prendra peut-être encore longtemps, même si je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour me reconstituer une santé d'acier. Tout ça ne dépend pas que de moi non plus...

On ne peut pas forcer les choses, aller plus vite que le temps. Mon corps accomplit déjà un immense exploit en se réparant au rythme où il le fait. Je l'aide en me reposant, en faisant du sport, en mangeant varié, en prenant mes compléments de calcium et mes vitamines... mais rien ne sert de le cravacher pour accélérer le processus. Ni de nier la fatigue, les douleurs, l'essoufflement...

Et puis, prendre ma revanche sur le cancer et tourner la page, c'est bien... sauf que cette maladie avait peut-être aussi un précieux message à me livrer : fais attention, tu mets la barre trop haut, tu dépasses tes limites, il faut ralentir, la vie ce n'est pas une discipline olympique... juste un merveilleux cadeau.

Dans la nature, chaque chose en son temps, la fleur éclot à son rythme, et chaque instant, chaque saison a sa beauté. Je ne voudrais pas oublier la leçon et négliger encore une fois d'écouter ce que je ressens...

Mais il me faut changer complètement ma façon de considérer les choses, la santé, la vie, renouer avec tout ce qui me constitue, réconcilier tout ce qui, en moi, s'est fâché, faute de comprendre. Me laisser ébranler dans mes certitudes, accueillir ce contre quoi je résiste, m'assouplir l'esprit autant que le corps. Sans bousculer, sans forcer, en suivant mon rythme intérieur (plutôt que de chercher un repère extérieur)...

En un sens, je suis déjà guérie. Et en un autre, je passerai tout le reste de ma vie à le faire. Tout dépend de ce qu'on met derrière ce terme de "guérison". Le retour au travail n'est qu'une étape parmi tant d'autres, et n'est qu'un des nombreux marqueurs de ce processus sans véritable début ni véritable fin.

Hier après-midi, discuter de tout ça avec les uns et les autres m'a fait réfléchir, et mieux comprendre les courants contraires qui m'animent, les raisons de mon impatience, les ressorts de ma pensée...

Ce fut aussi un moment plein d'amour, d'attentions, d'embrassades, de compliments, de compréhension... Merci à Sandrine(s), Soraya, Julien, Anne-Marie, Caroline, Hubert, Elodie... Quelle chance de vous avoir pour collègues (et aussi celles et ceux qui n'étaient pas au bureau !).
Enfin, bienvenue à Clovis et félicitations à Nadège pour ce beau bébé !

En complément et en cadeau, une vidéo toute en douceur de Libre et Sauvage...

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