Amazone
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| Copyright Photo : CS Houghton |
On m'a parfois parlé d'injustice, concernant mon cancer. Tu es si jeune, pourquoi toi ? Tu as toujours eu une très bonne hygiène de vie, ça n'aurait vraiment jamais dû t'arriver.
Moi je ne peux m'empêcher de considérer que j'ai plutôt de la chance. Bien sûr, je ne vais pas dire que je me réjouis d'avoir dû être opérée et de subir tous ces traitements. Mais j'ai l'impression, dans toute cette histoire, d'avoir gagné autant que j'ai perdu. Directement, j'ai transformé cette maladie en voyage, en grand jeu, en opportunité. Quelque chose de pas spécialement facile, mais de constructif, de formateur.
Il y a aussi une autre raison pour laquelle je considère que j'ai de la chance. C'est que chaque cas est unique et que tout au long de mon parcours, j'ai croisé plein de personnes à côté desquelles il m'a semblé que je ne pouvais vraiment pas me plaindre de ce qui m'est arrivé.
Parce que certaines femmes ont perdu la vie suite à un cancer du sein. D'autres ont perdu la moitié de leur poitrine et doivent se reconstruire avec ça.
Ce matin, au bord de la piscine, j'ai parlé avec une amazone. Amazone parce qu'amputée d'une partie de sa féminité, mais amazone aussi parce que c'est une guerrière, une femme pleine de courage et de force. Hier, elle est devenue grand-mère pour la sixième fois ! C'est pas beau, ça ?
On a pu se parler en toute simplicité, sans tabou. Elle m'expliquait que son mari avait pour sa part un cancer de la vessie, ce qui n'est pas génial non plus pour l'intimité, l'image de soi, la sexualité... Ils se soutiennent mutuellement, et leurs parcours parallèles les aident probablement à se comprendre, mais ça reste un défi personnel que chacun vit comme il peut...
Cette histoire m'a touchée en plein coeur et je me suis sentie très honorée de ce partage. J'essaie d'imaginer comment je me sentirais si on avait dû m'enlever un sein. Cette dame avait opté pour une reconstruction, mais elle a été victime d'une infection, on a dû lui retirer sa prothèse et finalement, elle a renoncé à se faire refaire la poitrine. Double peine. Je suis vraiment admirative.
Et j'en ai vu bien d'autres, qui ne nient pas comme c'est dur, mais qui font face, qui avancent, se fraient un passage dans la jungle épaisse de leurs émotions, de leurs peurs, des jugements, des regards...
Tout ça fait que non, je ne suis pas en colère contre le sort, et je ne pense pas qu'il faille considérer les choses en termes de justice ou d'injustice. C'est beaucoup plus complexe que ça. Dans le fond, n'avons-nous pas, tous et toutes, une douleur secrète, un complexe, un handicap invisible, un défi intime, quelque chose en nous qui peut, selon ce qu'on choisit, nous détruire ou nous construire ?
Quoi que ce soit, on peut en faire une force, et une source d'amour vrai, de simplicité et d'empathie. Avec le temps, avec de l'aide, en se confiant, en racontant, en partageant...

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