Changement d'heure, changement de jour

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Le 18 juillet, après un mois de chimiothérapie, je vous parlais de la route 42 à Saint-Luc, en faisant le parallèle avec la Road 66 qui traverse les Etats-Unis (Route 66).

J'écrivais : À la fin de mon traitement, je pourrai sans doute dire que j'ai fait la route 42, que ça m'a pris des mois, que c'était fatigant, mais que c'était une expérience marquante, qui a changé mon regard sur les choses.

Je ne suis plus qu'à quelques jours de Santa Monica, la fin du parcours, et je pense que j'avais vu assez juste. C'est long et c'est court, c'est parfaitement faisable, mais vous n'êtes plus tout à fait pareil à l'arrivée, il y a un quelque chose en plus. Vous l'avez fait ! C'est une expérience. Un peu comme Compostelle.

J'ai croisé beaucoup d'autres pèlerins, des bavards, des taciturnes, chacun avec ses raisons d'être là, son histoire, ses humeurs. J'ai toujours trouvé un lit où me coucher quand l'heure était venue, et des gens accueillants, encourageants, tout au long du voyage.

La semaine dernière, on m'a téléphoné pour me demander si j'acceptais de reporter ma dernière cure d'un jour. Le 31 octobre, il y aura beaucoup de patients, le planning des infirmières est serré, il risque d'y avoir beaucoup de retard. Le 1er novembre, jour férié, sera plus tranquille, plus détendu pour tout le monde.

J'ai hésité un instant. Parce que symboliquement, psychologiquement, j'étais fixée sur cette date du jeudi 31 octobre. La dernière ! Mais justement, je serais ravie que pour ce petit cocktail de clôture, on ait le temps de savourer ça... J'ai plein de monde à remercier à la route 42. J'ai le coeur à la fête.

Avec le passage à l'heure d'hiver, c'est aussi une heure de plus qui me sépare du terme de ce chemin. Mais qu'est-ce qu'une heure ou un jour au regard de vingt semaines de traitement ?

Cette heure est au contraire bienvenue, car je suis fatiguée. Je dors beaucoup - sauf après la dexaméthasone (voir C'est magique !) -, j'ai vite les jambes en coton et le coeur essoufflé. Ces jours-ci, j'évite les longues sorties et le sport intensif, je passe mes journées au calme.

Après quatre mois et demi de cocktailothérapie, je n'en suis plus à un jour ou une heure près. Ce n'est pas une course, non plus. Et après le dernier gin, il faudra encore un temps plus ou moins long pour que mon corps récupère complètement, avant qu'il soit... tout sain. Ce n'est pas comme si d'un coup, à partir de ce moment, tout était fini, tout redevenait comme avant.

Alors oui, le 1er novembre, finalement ça me va super bien. C'est la fête de tous les saints, Saint-Luc, Saint-Jacques, Santa Monica...

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